L’absence prolongée du président camerounais Paul Biya de la scène publique n’est pas un phénomène nouveau. Déjà en 2024, une longue période de silence du chef de l’État avait suscité de nombreuses interrogations au sein de l’opinion nationale et internationale.
Cette nouvelle absence prolongée du président camerounais Paul Biya de la scène publique relance une nouvelle fois les interrogations sur la gouvernance du pays et sur la question de la continuité du pouvoir au sommet de l’État. À plus de 90 ans, le chef de l’État, au pouvoir depuis 1982, est régulièrement au centre des débats sur son état de santé et sa capacité à continuer d’exercer ses fonctions, notamment lors de périodes où sa présence publique se fait rare.
Il est parti pour ce qui a été présenté comme un « court séjour privé en Europe », en compagnie de son épouse Chantal. Selon les informations de plusieurs médias (Reuters, RFI, Jeune Afrique), il séjournerait en Suisse, à Genève, notamment dans un hôtel de luxe, et aurait effectué ce déplacement dans un contexte de soins ou de repos, même si le gouvernement nie toute hospitalisation.
Une absence de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, nourrit inévitablement les spéculations au sein de l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux, certains y voient le signe d’une fragilité du régime ou d’une possible transition politique imminente. D’autres s’inquiètent d’un manque de transparence autour de la santé du président et du fonctionnement réel de l’exécutif. Cette situation contribue à renforcer un sentiment d’incertitude dans une partie de la population, dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, économiques et sociaux auxquels le pays fait face.
Cependant, sur le plan juridique, l’absence physique du président de la République ne signifie pas automatiquement une vacance du pouvoir. La Constitution camerounaise prévoit que la vacance intervient en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel. Une indisponibilité temporaire, même longue, n’entraîne donc pas mécaniquement un transfert des pouvoirs.
En cas de vacance définitive de la présidence, l’intérim est assuré par le président du Sénat. Celui-ci exerce alors les fonctions présidentielles de manière limitée et organise une nouvelle élection présidentielle dans les délais prévus par la Constitution. Toutefois, il ne peut pas modifier la Constitution ni organiser un référendum.
Ainsi, l’absence de Paul Biya pendant plus de 50 jours ne constitue pas, en elle-même, une vacance de pouvoir au sens constitutionnel. La question centrale reste celle de la capacité institutionnelle du Cameroun à gérer une éventuelle transition, qu’elle soit anticipée ou provoquée par un événement imprévu.
Au-delà de l’aspect juridique, cette situation révèle surtout une fragilité politique : celle d’un système fortement centré autour de la figure présidentielle depuis plus de quatre décennies. Chaque période d’absence prolongée devient alors un moment de spéculation, mais aussi un test de maturité pour les institutions camerounaises.
L’enjeu principal n’est donc pas seulement de savoir combien de temps Paul Biya restera absent, mais plutôt de mesurer la capacité du Cameroun à garantir une continuité de l’État, une transition ordonnée et une stabilité politique lorsque viendra inévitablement la question de l’après-Biya.
