Il aura fallu divorcer pour apprendre à se parler : entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES), la rupture institutionnelle n’a visiblement pas supprimé les nécessités du dialogue.
Les deux organisations ont engagé des discussions en vue de structurer leurs relations futures, notamment autour des enjeux économiques, sécuritaires et de la coopération régionale. Une démarche pragmatique qui soulève une question politique : la CEDEAO reconnaît-elle indirectement l’existence légale de l’AES ?
Sur le plan politique, ces négociations constituent une reconnaissance de fait de l’AES comme interlocuteur collectif. En acceptant de dialoguer avec ses représentants, la CEDEAO admet que cette Confédération, créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, s’impose désormais comme un acteur de l’espace ouest-africain.
Pour autant, cette reconnaissance politique ne signifie pas automatiquement une reconnaissance juridique formelle de l’AES en tant qu’organisation dotée d’une personnalité internationale propre. Celle-ci dépend notamment du contenu des accords conclus et de la portée juridique que les parties leur attribuent.
L’enjeu dépasse donc la simple reprise du dialogue. L’AES peut y gagner en visibilité et en légitimité institutionnelle, tandis que la CEDEAO cherche à préserver les échanges et la coopération malgré le retrait des trois pays.
Au fond, la confrontation cède progressivement la place au pragmatisme. Reste à savoir si les futurs accords consacreront une coexistence fonctionnelle entre deux ensembles ou marqueront une étape supplémentaire dans la reconnaissance institutionnelle de l’AES.
