ANALYSE
Après son investiture, le président béninois Romuald Wadagni a effectué une tournée régionale qui l’a conduit successivement au Nigeria, au Niger, au Burkina Faso puis au Togo.
Cette séquence diplomatique soulève une question : assiste-t-on à une rupture avec la politique menée par son prédécesseur, Patrice Talon, à l’égard des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ?
Sous Patrice Talon, le Bénin s’était aligné sur les sanctions décidées par la CEDEAO après le coup d’État au Niger. Les frontières terrestres entre le Bénin et le Niger sont restées fermées. Cette situation a profondément perturbé les échanges commerciaux entre les deux pays.
Or, avant la crise, le Niger dépendait largement du corridor béninois pour son approvisionnement. Une grande partie de son commerce extérieur transitait par le port de Cotonou. La fermeture de cet axe a contraint les opérateurs économiques nigériens à se tourner vers d’autres débouchés, notamment le port de Lomé.
Le Togo a adopté une posture différente. Sans s’opposer frontalement à la CEDEAO, il a privilégié le dialogue avec les pays de l’AES et maintenu des relations relativement stables avec eux. Cette position a renforcé l’attractivité du corridor togolais et permis au port de Lomé de capter une part importante du trafic destiné au Niger, au Burkina Faso et, dans une moindre mesure, au Mali.

Dès lors, le rapprochement engagé par Romuald Wadagni avec Niamey et Ouagadougou peut être interprété comme une volonté de restaurer les circuits commerciaux traditionnels et de repositionner le Bénin comme partenaire économique incontournable du Sahel. c’est un économiste, il est logique qu’il cherche à récupérer les parts de marché perdues au profit de ses voisins.
Si cette normalisation aboutit, le Togo pourrait perdre une partie des avantages économiques acquis durant la crise. Le port de Lomé risque notamment de voir diminuer certains volumes de marchandises destinées au Niger et au Burkina Faso.
Cependant, il serait exagéré d’y voir un revers majeur pour l’économie togolaise. Les flux commerciaux ne reviennent pas automatiquement à leur situation d’avant-crise. Depuis plusieurs années, le port de Lomé a consolidé sa position régionale grâce à ses infrastructures, sa profondeur naturelle et ses performances logistiques. Une partie des opérateurs économiques pourrait continuer à privilégier le corridor togolais même après une normalisation complète des relations entre le Bénin et le Niger.
Au fond, le véritable enjeu n’est pas de savoir si le Togo perdra tout ce qu’il a gagné pendant la crise, mais s’il saura conserver les acquis obtenus grâce à sa stabilité diplomatique et à la compétitivité de ses infrastructures.
